Histoire du Québec

Artisans urbains en Nouvelle-France

Artisans urbains en Nouvelle-France

La vie des artisans urbains en Nouvelle-France

En Nouvelle-France, les artisans constituaient une part essentielle de la population urbaine. Les colonies ne connaissent pas de jurandes, ni de système de maîtrise, l’esprit de corps n’était maintenu au Canada que par le regroupement de certains artisans en confréries professionnelles. Mais ces confréries étaient très peu nombreuses et beaucoup moins importantes qu’en métropole. À Montréal, elle ne concernaient que les chirurgiens, les armuriers, les cordonniers et les marchands.

Les confrères organisaient des célébrations le jour de leur saint patron. En Louisiane, ces associations réservées aux gens de métier étaient inexistantes.

En l’absence de corporations, les métiers s’exerçaient beaucoup plus librement. Il n’était pas rare au Canada de cumuler plusieurs emplois et de combiner, par exemple, une activité artisanale avec celle de cabaretier ou de navigateur. À l’intérieur de chaque métier, la hiérarchie très forte qui existait en métropole entre maîtres, compagnons et apprentis ne se retrouvait pas en Nouvelle-France, car n’importe qui tenant boutique et engageant un apprenti pouvait prendre le titre de maître. La plupart des ateliers étaient des entreprises familiales regroupant un maître, un apprenti et un domestique. Certains métiers, comme celui des charpentiers de navire et des entrepreneurs maçons, se transmettaient de père en fils, ce qui conduisit à la formation de véritables monopoles familiaux. Les jeunes entraient en apprentissage vers seize ou dix-sept ans pour une période de trois à quatre années. Logés et nourris chez le maître, ils apprenaient sous sa direction dans des conditions souvent très strictes. Pour compléter les revenus du ménage, les femmes qui aidaient leur époux à surveiller les apprentis pouvaient prendre des locataires, faire des travaux de couture ou de blanchisserie ou bien servir comme domestiques.

Dans le royaume, il existait une hiérarchie rigide des métiers établie par les juristes selon des critères de fonction et de prestige. Elle fut considérablement assouplie dans la colonie. Au sommet de l’échelle se trouvaient des chirurgiens, orfèvres, arquebusiers-armuriers, maîtres de barque et entrepreneurs maçons, alors qu’à l’autre extrémité le métier de ramoneur n’inspirait que mépris. Les artisans se différenciaient aussi par leur niveau de richesse. Globalement, ceux des villes bénéficiaient d’un confort matériel supérieur à celui des paysans, avec des maisons un peu plus spacieuses, chauffées avec un poêle, pourvues de meubles plus nombreux et mieux décorées. Mais il existait de grandes disparités de situations. Au XVIIe et au début du XVIIIe siècle, les artisans du fer connurent quelques succès financiers grâce, en raison du développement du commerce intercolonial et des contrats d’État. Les tonnelier, les boulangers, les bouchers, les transporteurs maritimes et surtout les entrepreneurs de construction, tels Jean Maillou dit Desmoulins qui laissa à sa mort en 1753 environ 100 000 livres, purent amasser d’importantes fortunes. Dans l’ensemble, toutefois, la plupart des artisans ne faisaient que vivoter.

Par contre, la vie des premiers pionniers qui se consacrèrent au travail de la terre fut extrêmement difficile. Leur équipement domestique était rudimentaire et réduit au strict nécessaire. Leur niveau de vie, à la fin du XVIIe siècle, équivalait à celui des journaliers agricoles en France. Le confort matériel de ces paysans progressa néanmoins au cours du XVIIIe siècle : les maisons en bois s’agrandirent légèrement, elles furent divisées en plusieurs pièces grâce au chauffage au poêle et on les éclaira dorénavant à la chandelle ; dans le mobilier, les tables et les chaises se généralisèrent, les armoires furent plus nombreuses, les literies devinrent plus douillettes.

Les habitudes vestimentaires, quant à elles, se modifièrent peu à peu au XVIIe siècle. Jusque dans les années 1660, les colons firent preuve d’un grand conformisme en s’habillant comme en métropole. Aux Amérindiens, ils n’empruntèrent d’abord que les mocassins, les souliers français ne convenant pas à la marche en raquettes. Ils n’avaient que peu recours au cuir et à la fourrure que l’on associait aux miséreux. Certains habits de marin, tels le capot (calotte de capuchonné, porté par mauvais temps) ou le tapabord (calotte de drup avec un couvre-nuque et une visière qui pouvaient se rabattre par mauvais temps), commencèrent toutefois à se répandre.

(Tiré du livre Histoires de la Nouvelle -France, des sociétés nouvelles).

Je sais pourquoi tant de gens aiment couper du bois. C’est une activité où l’on voit tout de suite le résultat. (Albert Einstein.)
Je sais pourquoi tant de gens aiment couper du bois. C’est une activité où l’on voit tout de suite le résultat. (Albert Einstein.) Photographie de Megan Jorgensen.

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