Entrevues : histoires vécues

6-Prudence

6-Prudence

Tant qu’on n’a pas signé, c’est pas gagné…alors prudence

Lizette attendait donc une réponse de son entretien passé chez les veilleurs publicitaires, et venait de recevoir une autre proposition. Je rappelle donc la dame de LeJournal et là, je tombe sur :

– Bienvenue dans notre service de reconnaissance automatique de la voix, dîtes le nom de la personne que vous désirez joindre. 

Je dis : – Lucie Salsifi.

La boîte : – je ne trouve pas ce nom dans ma base, veuillez recommencer.

Je dis : – Salsifi !

La boîte : – Veuillez répéter.

Je crie : – Sal-sii-fii !

La boîte : – Comment ? Je n’ai pas bien compris.

Au secours, je ne vais pas louper un boulot à cause de cette stupide machine quand même. Comme on pouvait sinon rester en ligne, j’y reste.

-Veuillez patienter, toutes nos téléphonistes sont présentement occupées, pour l’administration, faîtes le 1, pour la publicité, faîtes le 2, pour… le 9.

Je fais le 1 pour avoir l’administration…et bizarrement je tombe sur la publicité ! Je lui demande le poste 2345, et elle me la passe enfin ! Après ce long hommage à Fernand Raynaud, je joins enfin Madame Salsifi (1), lui disant que je suis sur le point de signer avec les Drôles de dames. Par curiosité, je lui demande en quoi consistait son offre, et elle me dit :

– répondre aux demandes des journalistes, gérer les photographies, un boulot d’archiviste, quoi, par contre, c’est un contrat de 6 semaines.

Damned, me dis-je, ça a l’air ben intéressant quand même, je lui propose qu’on se voie et elle me fixe un rendez-vous avec elle et le directeur de la rédaction pour le lendemain.

ENTREVUE :

Cette fois, je suis sur le Plateau Mont-Royal. Me voilà devant l’édifice où trônent les grosses lettres blanches sur fond rouge LeJournal. Elle vient me chercher et nous allons rejoindre le directeur de la rédaction, que j’appellerai Lou Grant (2). Nous nous installons à nouveau autour d’une table ovale, vide et beige cette fois (3). Là encore, point de question débiles. Ce dernier va droit au but : 1) Qu’est-ce qui vous intéresse dans l’archivistique, 2) Qu’avez-vous fait pendant votre stage, 3) Seriez-vous d’accord pour faire un peu de révision linguistique de nuit, 4) Quelles sont vos compétences informatiques ?

Par contre, à cause du fait que ce ne soit que 6 semaines, je repense à Madame A. du coup, elle, c’était du longue durée. Mais ici, le boulot a l’air plus intéressant. Enfin bref, dans mon émoi, j’en oublie même de demander quelle est la paye, ce qui n’est pas pratique pour comparer. Ils me répondront, dans la semaine, m’assure Lou Grant.

Je rentre au bercail, le répondeur me fait encore de l’œil ! Ce sont les drôles de dames : et non, elles ne me prennent pas ! Ah ben mince, moi, qui y croyais. Heureusement, que je suis allée au journal, quand je pense que j’ai failli ne pas y aller… Dans l’après-midi, écrasée par la chaleur et le dépit, je pars acheter un ventilateur pour me consoler. À nouveau, à mon retour, clin d’œil moqueur du répondeur. Un appel de la Société Soustitre.inc. (société de sous-titrage de séries télé et de films cinéma) qui me dit qu’ils voudraient me faire passer un test de français la semaine prochaine. Cette fois, j’ai compris, j’ai rappellé de suite, pour prendre rendez-vous, parce que rien est gagné avec LeJournal ! La dame me dit que ce sera 11 $, mais elle ne précise pas que ça monte après. En plus, outre le test de français, il y aura un test de rapidité de frappe (4), et un entretien avec la directrice, bref le boulot ne commencera pas avant la mi-juillet. Mais je suis bien contente d’avoir cette autre possibilité.

Le lendemain matin, leJournal appelle « ça nous ferait bien plaisir de travailler avec vous ! ». Ivre (5) de joie, je demande enfin la paye, c’est 20$, c’est Byzance !

Là, je m’accorde un petit Clamato avec des glaçons, bien mérité. Dans le fond, le Québec… c’est un peu comme l’Île fantastique (6). J’ai toujours rêvé de bosser dans un journal, et voilà, suffisait d’y penser. Faut que je me concentre bien fort sur mon prochain vœu, comme ça Monsieur Roarke et son fidèle Tattoo pourront préparer mon prochain fantasme…hihihihi.

Voilà un bel épisode bien ficelé, avec un  » happy end « , du moins le pensai-je, grande naïve que je suis. Eh bien, non. Il y a en effet eu un dernier rebondissement dans ce que nous appellerons désormais « l’affaire du canard trompeur ». Le lundi, alors que je devais commencer le lendemain matin (7), j’ai reçu un appel de LeJournal pour me dire :

– Les choses ont un peu changé chez nous, durant la fin de semaine, je suis vraiment désolée, mais suite à une discussion entre les syndicats et la direction, nous ne pouvons plus vous engager. J’espère que nous ne vous avons pas fait manquer d’autres offres (8).

 Je me vois donc dans l’obligation de décerner la timbale de la goujaterie à LeJournal à Montréal, car il me semble que prévenir quelqu’un, uniquement la veille, qu’on ne l’engage plus, fait montre d’une incommensurable grossièreté. Me voilà donc repartie dans les lettres et les CV. Je m’en accorde encore 10, ensuite j’irai voir dans une agence d’interim, histoire de faire une pause.

Les conseils de Lizette :

 

1) Il faut envoyer au moins 50 CV pour espérer avoir 3 entrevues.

2) Ne pas croire que c’est gagné tant qu’on n’a pas signé.

3) PAR CONSÉQUENT NE SURTOUT PAS ANNULER SES AUTRES RENDEZ-VOUS TANT QU’ON N’A PAS SIGNÉ.

4) Ne pas se décourager… même si…bah…des fois, quand même, on a son voyage…on reste motivé et zen… et puis…on apprend beaucoup de ses échecs aussi (9).

Notes

1- Par souci de confidentialité, j’ai changé les noms, ça c’est de l’archivistique professionnelle, quand même.

2- Série qui a bercé ma jeunesse.

3- Tiens, il y avait un spécial chez Brie et Martini !

4- J’ai toujours été très bonne à ce jeu, au jardin d’acclimatation, où il faut taper avec un gros maillet sur la tête de chiens de prairie qui jaillissent épisodiquement. Ma copine H. peut en témoigner. Alors, je suis confiante.

5- Non, j’ai dit  » de joie « . 

6- Pour ceux qui ne connaîtraient pas la série : Monsieur Roarke est un personnage mystérieux. Il a décidé d’aménager son île isolée pour y accueillir ses invités et réaliser tous leurs fantasmes. Ainsi, il met tout en oeuvre pour que les voeux de ses invités soient exaucés. Assisté de son fidèle Tattoo, Monsieur Roarke fera tout pour que vos rêves deviennent réalité.

7- Incroyable, non ?

8- Si, justement ! J’ai annulé mon rendez-vous pour le test de sous-titrage…horreur !

9- D’ailleurs, depuis le temps que je les collectionne, je crois que j’en sais pas mal là, alors si on pouvait passer à quelque chose de plus créatif, ce serait chouette quand même.

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