Entrevues : histoires vécues

10-Entrevue de groupe

10-Entrevue de groupe

Le retour à… de nouvelles entrevues !

Entre deux couplets de la chanson “nouère, c’est nouère, il n’y a plus d’espouère, ce souère”, j’avais postulé dans un magasin spécialisé en articles de papeterie pour être conseillère à la vente durant le temps des fêtes. Et surprise… la dame du siège social m’avait rappellée en me disant qu’elle transmettait mon CV à la responsable du magasin. Par contre, j’avais peut-être loupé son appel, vu que je m’étais laissée entraîner le lendemain au Casino de Montréal par ma maman, qui était venue m’écouter chanter “nouère, c’est nouère…” et essayer de me faire changer de disque – et de gagner des sous par d’autres moyens, apparemment ! Finalement la responsable m’appelle pour me fixer un rendez-vous pour le lundi 7 novembre.

L’entretien du 7 novembre :

Nous allons sur les tables situées au milieu du centre commercial où j’explique tranquillement à cette personne qu’entre le papier et moi, c’est une histoire d’amour (1). Les questions sont celles déjà vues dans les chapitres précédents. Notez que là, tout aurait été parfait, si ce n’est qu’elle me demande à la fin si moi, j’ai une question, et faute de meilleure inspiration, je lui dis : est-ce qu’il y aurait des documents que je pourrais consulter à l’avance afin de mieux servir nos chers clients ? Du coup, elle me reconduit au magasin pour demander à sa collègue la documentation en question et là, HORREUR… MALHEUR ! Je tombe sur mon ex-superviseuse chez Pépitor qui passait par là pour faire ses courses, ah NON… si elle lui dit que j’ai quitté mon précédent boulot parce que je ne supportais pas la pression, je suis mal (2) … du coup, je me contente d’un bref bonjour, et elle répond par un bref bonjour en se dirigeant vers la caisse. Et je pousse un Ouf de soulagement. Je rentre chez moi en marmonnant “chus maudite, chus maudite…ça se peut pas… tomber sur son ex-superviseuse à un entretien d’embauche…ça se peut pas”.

Chez moi, le répondeur clignote, j’avais aussi postulé pour travailler au Salon du livre sur les conseils de ma copine Mimi. Ils me proposent une entrevue de groupe pour le lendemain matin. Là, je sais pas, mais déjà le concept de groupe ne me dit rien qui vaille, je fais des cauchemars toute la nuit (3). Bref, épuisée par le manque de sommeil, j’y vais quand même en décrétant que si ça se passe mal, je m’en irais avant la fin.

L’entrevue de groupe du 8 novembre

À 9h32, j’arrive aux bureaux de la société qui recrute pour le Salon et je suis la première apparemment. Ou alors… un entretien de groupe, ils veulent dire qu’il faut jouer plusieurs rôles (4) ?

Mais non, il y a finalement 2 types et 2 filles qui arrivent. Alors voilà, nous sommes 5 : O, un étudiant immigrant qui vient d’arriver, P, un étudiant en philosophie, Q, une étudiante en bibliothéconomie et R, une étudiante en littérature. Pis, il y a les 2 recruteurs Madame Hutch et Monsieur Starsky. Madame Hutch n’est pas très aimable, mais Monsieur Starsky dégouline de fausse amabilité, alors ça fait une moyenne.

On commence notre réunion en se présentant. Entre nous, j’ai une furieuse envie de rigoler, ça fait un peu réunion d’alcooliques anonymes : « Bonjour, je m’appelle Lizette, j’ai été correctrice, archiviste et libraire » pis Starsky, à chaque fois que quelqu’un a parlé, il fait : Merci Lizette, Merci O, Merci P, Merci Q, merci R. Après, il y a des activités de groupe, il faut réfléchir par groupe de deux ou trois à un problème qu’on peut rencontrer en librairie, se mettre d’accord et trouver une solution consensuelle. Pendant le débat, les deux recruteurs écoutent tout ce qu’on dit (5). Avec O, on s’est mis d’accord (6).

L’activité suivante, ça s’appelle le jeu du blason, il faut choisir 2 éléments parmi les catégories suivantes : un animal, un végétal, un objet, une couleur, une devise. Q, elle a choisi comme objet : le livre ! “Parce que, dit-elle, des livres, il y en a partout chez moi, sur ma table de chevet, sur le comptoir de la cuisine, sur les étagères du salon…” je vous épargne la suite, mais elle nous a fait tout le catalogue Ikea. Pis comme couleur, elle a choisi le vert, parce que “c’est la couleur de l’espérance”. Starsky lui dit : “Merci Q”, avec le même ton que Boccolini quand elle dit “au revoir Q” dans le Maillon faible.

Alors R, apparemment, elle a pas bien compris le jeu. Elle a choisi les catégories : “tous les végétaux, parce que c’est naturel (7), pis tous les animaux parce que c’est la vie”, et elle conclut par : “oui, j’ai choisi ça, parce que j’aime les choses simples”. Franchement, j’ai envie de m’en aller, ça fait peur là. Heureusement, il y a O et P qui relancent la partie, O nous a fait un beau discours sur le divin, pis P a expliqué pourquoi il aimerait être un dragon de façon fort brillante.

Et vous vous demandez ce qu’elle a pris Lizette ? Elle a choisi la grenouille comme animal, se lançant dans un éloge vibrant de ce petit animal qui vole, qui nage et qui marche, maîtrisant tous les éléments. L’ignoble Starsky me dit « elle est polyvalente la grenouille ». Résistant à l’envie de le frapper, car j’ai l’impression qu’il croit que j’ai dit ça exprès, j’enchaîne sur le bouleversant chant des grenouilles, ah… les soirées au bord du marais Saint François à Sherbrooke à écouter leurs troublants CROÂÂÂ. Pis, il y a O qui rajoute “en plus, c’est bon les cuisses de grenouilles”. Il a de l’à-propos, O. Pour la couleur, j’ai parlé du gris avec moult détails (8).

Après une heure de toutes ces activités, où on a parlé de tout sauf de livres (!?) d’ailleurs, on s’en alla. Le soir, j’avais un coup de fil pour m’annoncer que j’étais engagée. Au niveau du salaire, c’est plutôt le minimum, me revoilà à 7$-8$, mais pour mon moral, ce sera meilleur.

D’où l’apophtegme suivant :

Mieux vaut gagner moins de flouze

Que trop avoir le blues.

Les conseils de Lizette 

1- Le temps des fêtes est idéal pour trouver un emploi dans le commerce : Noël, la Saint Valentin, Pâques.

2- Gardez votre calme, même si vous vous faîtes une montagne à l’avance de chaque nouveau type d’entrevue. Sachez qu’en passant cette entrevue, vous serez préparé pour la prochaine fois où on vous fera “ce coup-là”. Lors de ces entrevues de groupe, on attend de vous que vous soyez créatif et imaginatif, on ne s’intéresse pas forcément à vos connaissances. Alors, adaptez-vous, écoutez bien la question et répondez-y.

Notes 

1- Je lui ai recasé mon cours d’archivistique sur la conservation du papier.

2- Moi qui vient de dire à la dame qu’entre la pression et moi, c’est aussi une histoire d’amour.

3- Le groupe, ça va être tous les anciens collègues de Pépitor, et chaque fois que je vais ouvrir la bouche, ils vont dire en chœur en ricanant de leurs dents jaunes et vertes : “ elle est pas cap’ de bosser sous pression, elle est pas cap’ ”

4- Un peu comme dans Psychose, il faut p’tet que je fasse Norman Bates, pis prendre une voix différente pour faire la mère de Norman ? Peut-être que je regarde trop la télé…

5- C’est HOR-RI-BLE…

6- J’ai encore envie de rigoler, ça doit être les nerfs. Je me dis que pour faire super consensuel, on devrait tous se donner la main et chanter “ We are the world ”, non ?

7- J’ai l’impression d’entendre Rika Zaraï.

8- Alors là, j’avoue que j’ai triché. Ma copine Mimi qui avait passé le test il y a 3 ans, se rappellait vaguement d’une question sur les couleurs, du coup, j’avais préparé un blabla du tonnerre sur le gris, couleur de la connaissance et de la sagesse à la fin du Moyen Age, son rôle dans la photo noir et blanc, etc.

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