Économie en vrac

L’entrepreneurship gagne les banques

L’entrepreneurship gagne les banques

L’entrepreneurship gagne les banques

Par Huguette Guilhaumon

Selon Léon Courville, vice-président exécutif aux affaires générales de la Banque Nationale, il faut libérer davantage les banques du carcan d’une réglementation dépassée.

À la faveur d’une certaine déréglementation, l’entrepreneurship a gagné le monde feutré des banques. Aujourd’hui, ces dernières offrent une panoplie de nouveaux services. Et le marketing et la publicité n’ont plus de secrets pour elles. Mais la véritable révolution se prépare. Elle se discute ouvertement à Québec et à Ottawa.

Hier encore, le monde financier était divisé en cinq royaumes aux frontières bien définies : les banques à charte, les caisses d’épargne et de crédit, les sociétés de fiducie, les compagnies d’assurance et les courtiers en valeurs mobilières. Aujourd’hui, la scène financière canadienne vit de plus en plus sous l’égide « libre-échangiste ». Les règlements disparaissant, la loi qui s’impose est celle de la concurrence.

L’amorce de libéralisation

Ce sont les banques qui, dans les années 60, ont amorcé le mouvement vers la libéralisation du marché des produits financiers. Leur arrivée sur le marché hypothécaire et le marché du crédit à la consommation s’est traduit par une baisse des coûts et par la hausse du nombre de produits accessibles aux consommateurs. Devant un tel succès, l’ardeur des banques s’est multipliée. Dès après, elles ont introduit le compte d’épargne véritable, mieux rémunéré que les comptes conventionnels. Les sociétés de fiducie leur ont alors déclaré la guerre et une concurrence tous azimuts commença. Les autres entreprises financières ne sont pas demeurées inactives, multipliant leurs programmes nouveaux.

Au début des années 80, il était déjà difficile de dresser une liste exhaustive des services des institutions financières. Huit ans plus tard, il serait difficile de le faire pour les seules banques à charte !

Si, il y a 20 ans, ce sont les banques qui ont amorcé le changement, ce sont encore elles aujourd’hui qui ouvrent le chemin.
« La banque a changé, c’est vrai. Tout d’abord, l’informatique a libéré le client des contraintes horaires. Puis, les banques sont devenues plus performantes. Par exemple, les chèques de paye sont déposés directement. Et maintenant, les banques s’ouvrent au marché. Ainsi, la carte de débit permet de faire des courses sans un sou en poche. »

Léon Courville, anciennement professeur aux H.E.C., est vice-président exécutif aux affaires générales, à la Banque Nationale. Il ne croit pas que la banque ait vécu une révolution.

Il parle plutôt d’un raffinement dans l’ensemble des produits, d’une extension des rôles de base. « Avec la carte de débit, nous cherchons à occuper un segment du marché. Elle répond aux besoins d’un consommateur qui désire, pour des raisons de sécurité, porter peu d’argent sur lui, tout en offrant un service aux entreprises où la carte de crédit n’est pas d’usage. Le guichet automatique est un autre exemple. Alors que certains y voient une révolution, il ne s’agit en fait que d’une évolution, mais combien importante! » Mais ce ne sont pas les seuls exemples d’évolution des services. « La marge de crédit personnelle permet d’obtenir du crédit au moment choisi. Aussi, les prêts hypothécaires sont maintenant offerts avec une assurance invalidité », explique le vice-président.

La banque high-tech

Dans cette guerre de tranchées que mènent toutes les institutions financières, les meilleures armes, outre l’imagination, restent la technologie et le marketing.

Ainsi, du côté des innovations technologiques, la Banque Nationale lançait en septembre dernier la carte débit. Côté marketing, elle cherche à cibler le plus possible ses clientèles puis à leur créer des programmes sur mesure. Par exemple, les membres de l’Association des médecins de langue française recevaient récemment de la B.N. une carte imprimée au nom de leur association, leur donnant droite à des services financiers privilégiés,

« Aujourd’hui, nous ciblons davantage, renchérit Léon Courville. Par exemple, nous offrons aux personnes de 59 ans et plus la «carte plus». Elle leur donne accès non seulement à un ensemble de produits bancaires à meilleur prix, mais aussi à un grand nombre de produits commerciaux, tels qu’hôtels, locations de voitures et bien d’autres. »

La banque courtier

Mais la première explosion des frontières entre les cinq royaumes est survenue il y a quelques mois avec l’arrivée des banques dans le secteur des valeurs mobilières. De fait, elles étaient déjà présentes sur ce marché. Pendant plusieurs années, elles convertissaient des créances détenues en portefeuille en valeurs négociables.

Ainsi, des créances hypothécaires étaient regroupées dans des fonds vendus à des investisseurs privés ou institutionnels. Il y a environ un an, la Banque Nationale, pressentant la déréglementation, créait Investel, société de courtage à escompte. Et, tout récemment, elle achetait la grande maison de courtage Lévesque, Beaubien.

« Avec l’internationalisation de la concurrence sur le marché des valeurs mobilières, les maisons de courtage canadiennes avaient de la difficulté à tenir le cap », explique Léon Courville.

« C’était un fait connu que les maisons de courtage canadiennes étaient sous- capitalisées. De ce fait, elles étaient vulnérables à la concurrence ou à une prise de contrôle étrangère. Si un tel événement était survenu, nous aurions perdu notre expertise dans ce marché. Il était vraiment souhaitable que les banques leur apportent leur soutien financier. »

Mais les banques représentent plus qu’un capital. Elles apportent au sein des maisons de courtage une expertise dans les produits financiers autres que ceux liés au capital de risque.

L’intérêt pour le consommateur est évident, « La tendance dans les institutions financières est de vouloir « habiller » des pieds à la tête le client. Nous cherchons à créer la gamme de services la plus complète possible, depuis les placements à risque jusqu’aux comptes d’épargne. C’est ce qu’exige le consommateur et c’est ce que nous désirons lui donner. »

La saine concurrence

La percée des banques dans le domaine des assurances paraît plus problématique. De fait, les enjeux ressemblent à ceux d’il y a 25 ans, lorsque les banques disputaient aux fiducies le monopole des prêts hypothécaires.

Là encore, selon Léon Courville, le consommateur gagnerait à la libéralisation du marché. « L’Association des banquiers canadiens a réalisé une étude qui prouve que si les institutions financières pouvaient vendre de l’assurance, le produit serait plus homogène et plus économique pour le consommateur. Cette étude me semble juste. L’histoire économique canadienne prouve que la concurrence a toujours joué en faveur du consommateur. »

Mais si la réglementation a été amendée pour permettre aux banques d’oeuvrer dans le domaine des valeurs mobilières, elles ne peuvent toujours pas offrir dans leurs succursales des produits d’assurance. Elles ne peuvent pas non plus offrir la même gamme de services et de produits informatiques qu’offrent déjà les autres institutions financières non bancaires.

Et elles ne peuvent pas non plus offrir des services de crédit-bail aux consommateurs, tels que des services de location à bail d’automobiles. Pour réaliser ces activités, la Loi sur les banques devrait être modifiée.

Léon Courville pose le problème du développement des banques autrement. « Pour ma part, je crois que les deux questions de l’avenir sont les suivantes : Qu’est-ce qui améliore la concurrence? Et qu’est-ce qui permet d’offrir aux consommateurs les meilleurs produits aux meilleurs coûts possibles ? Pour cela, il faut viser une libéralisation du carcan des règlements, que tous les intervenants trouvent d’ailleurs dépassés. »

(Ginette Guilhaumon a été une journaliste pigiste qui a réalisé cette entrevue pour le compte de la Banque Nationale).

Les Diplômés, N° 364, hiver 1989

Beautiful Blonde Businesswoman In the Spotlight Limelight

Illustration: Megan Jorgensen

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