Ecologie et environnement

Sables bitumineux

Sables bitumineux

Sables bitumineux

Les plus grandes ressources de pétrole au monde ne se trouvent pas en Arabie Saoudite, mais plutôt au Canada, notamment en Alberta, où le fameux or noir abonde. On le trouve dans les sables bitumineux de cette province.

Le bitume est un mélange visqueux et dense d’hydrocarbures très lourds extraits de ce qu’on appelle « les sables bitumineux de l’Alberta ». Ces sables bitumineux, pleines de cette substance qu’on appelle bitume est à la base de l’énorme boom économique qui secoue l’industrie pétrolière de la province de l’Alberta.

Situés dans le nord de l’Alberta, les sables bitumineux forment un large triangle : à l’ouest, Peace River, au sud, Cold Lake et, tout en haut, Athabasca, là où se trouve la ville de Fort McMurray.

Le bitume n’est pas du pétrole conventionnel parce qu’on ne peut pas le pomper et avant de penser à le transformer, il faut l’extraire. Pour le faire, il faut utiliser des techniques de mine à ciel ouvert.

En fait, l’exploitation des sables bitumineux nécessite une machinerie et des installations colossales, qui relèvent davantage des mines à ciel ouvert que de l’industrie pétrolière conventionnelle. Mais, comme le prix du pétrole est haut, l’industrie est rentable.

Le 3 juin 1996, le premier ministre Jean Chrétien a visité la ville de Fort McMurray, dans le nord de l’Alberta, pour annoncer un des plus gros projets d’exploitation des sables bitumineux depuis les années 1970, alors qu’il avait aidé à mettre en marche Syncrude Canada Ltée, à titre de président du Conseil du Trésor dans le gouvernement de Pierre Trudeau.

Le premier ministre et 18 hauts dirigeants de l’industrie du gaz et du pétrole signeront alors une entente pour les investissements de plusieurs milliards de dollars.

Des responsables de l’industrie du gaz et du pétrole ont indiqué qu’il s’agissait de la première étape d’une série d’investissements qui pourraient atteindre 25 milliards au cours des 25 prochaines années et créer environ 44 mille emplois à l’échelle du Canada.

Le gouvernement fédéral a prévu que ses revenus et ceux d’Alberta augmenteraient de 97 milliards à la suite de ces nouveaux investissements. Aujourd’hui, au Canada, les investissements dans l’industrie sont estimés à 35 milliards de dollars ou même plus.

On considère que le pétrole récupérable en Alberta représente au moins 300 milliards de barils. Ce qui dépasse la réserve totale de l’Arabie Saoudite, qui est évaluée à 270 milliards de barils.

Une vingtaine d’entreprises – avec en tête les colosses Syncrude et Suncor – ont divisé ce territoire public, loué à long terme par Ottawa, en autant de pointes de tarte auxquelles elles s’attaquent.

Aujourd’hui, une armada de camions énormes – les plus lourds pèsent 365 tonnes – et des grues colossales, dont chacune des pelletées fait 100 tonnes, 24 heures par jour, 7 jours par semaine, hiver comme été, font des trous gigantesques dans le sol.

Cependant, l’importance de l’exploitation pétrolière laisse craindre des dommages irréversibles pour la forêt boréale, pour les réserves en eau et la qualité de l’air. Quant aux projets de réhabilitation de l’environnement, ils n’arrivent pas à réduire la grogne des écologistes.

Grosso modo, ce qui fait la particularité des sables bitumineux, c’est la façon dont le bitume est attaché au sable. En fait, chaque grain de sable est enveloppé par une mince couche d’eau sur laquelle se dépose la pellicule de bitume. Plus la pellicule est épaisse, meilleure est la valeur commerciale des sables bitumineux. Le sable est lisse et humide. On sent bien le pétrole qui tache les doigts. Ce sable contient entre 10 % et 11 % d’un pétrole de bonne qualité. Il ne reste maintenant plus qu’à l’envoyer à l’usine pour l’extraction.

En moyenne, le pourcentage du bitume dans les sables est de 11,5 %. Il faut donc, pour rentabiliser l’affaire, traiter des quantités faramineuses de sables bitumineux. En Alberta, on extrait chaque jour assez de sables pour remplir le stade olympique de Montréal à ras bord.

L’ennui, c’est qu’il faut aller chercher cette matière brute en profondeur. Pour y parvenir, il faut littéralement raser la forêt boréale.

L’augmentation de la production pétrolière peut aussi contrecarrer tous les efforts accomplis depuis 10 ans pour réduire les émissions de gaz carbonique, le CO2. C’est particulièrement évident à l’étape de la cokéfaction, alors que de grosses fournaises, les cokeurs, retranchent les molécules les plus lourdes du bitume pour en faire du charbon synthétique.

Ces cokeurs sont l’une des grandes causes de production de CO2, le principal responsable de l’effet de serre. Voilà pourquoi Greenpeace s’est objecté, il y a deux ans, à l’achat par Suncor de cokeurs supplémentaires.

Aujourd’hui, Suncor rejette dans l’atmosphère l’équivalent de 600 tonnes de CO2 à l’heure. Ce qui représente 5 millions de tonnes par année, soit 5 mégatonnes.

Et ce n’est pas tout : dans la région de l’Athabasca, l’ensemble des opérations de mines à ciel ouvert consomme une quantité inouïe d’énergie. Là encore, il y a une hausse significative du CO2.

Il faut une quantité phénoménale de vapeur d’eau pour extraire le bitume : l’équivalent de la consommation quotidienne d’une grande ville. Pour cela, on puise systématiquement dans les grands cours d’eau. On craint donc un assèchement des sols et une baisse de la nappe phréatique, au moment même où l’Alberta vit de grandes sécheresses.

Et puis, il y a le problème du recyclage de ces eaux usées. La plus grande partie est retournée à la rivière après nettoyage. Mais quand elles sont trop sales, les eaux prennent le chemin de ces étangs situés à proximité de l’usine. Elles seront réutilisées pour l’extraction du bitume.

On utilise aussi les eaux usées pour remettre en état les surfaces perturbées : c’est ce qu’on appelle la réhabilitation du territoire. Les sables délestés de leur bitume sont poussés à travers de gros tuyaux par les eaux usées. Direction : les gigantesques trous causés par la machinerie lourde. Certains font 20 kilomètres carrés.

Bref, il s’agit d’un dossier chaud et de grande actualité. Pourtant, il est peu probable que l’exploitation des sables bitumineux ralentisse.

Mais admettons que les compagnies ont essayé de sauver la face. Le petit parc Crane Lake  est un motif de fierté, car ici, on donne vraiment à la nature une chance de se refaire une santé. Pour cela, les biologistes misent sur les espèces indigènes, telles que l’épinette blanche, le tremble, le peuplier et le saule de Saskatoon. Il reste malgré tout beaucoup de travail à faire.

mine ciel ouvert sables bitumineux

Cratère lunaire ou mine à ciel ouvert ? Source de la photographie : www.greenpeace.org © Greenpeace/Colin O’Connor

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