Ecologie et environnement

Le Québec sous l’effet de serre

Le Québec sous l’effet de serre

Le Québec sous l’effet de serre

L’effet de serre pourrait bien servir à quelque chose! Au-delà des scénarios apocalyptiques, Bhawan Singh a mis en lumière quelques retombées positives pour le Québec du réchauffement planétaire.

Par Josée Gauthier

À la frontière de la géographie et de la météorologie, la climatologie s’intéresse à l’aspect rétrospectif des processus atmosphériques.

Ce qui n’empêche en rien les climatologues de regarder vers l’avenir. À preuve le débat sur l’effet de serre et le réchauffement planétaire, deux concepts qui préoccupent grandement les climatologues.

Parmi eux, Bhawan Singh, professeur titulaire au Département de géographie de l’Université de Montréal.

– Dans les îles où j’ai grandi, à Trinidad et Tobago, la géographie était traditionnellement un sujet de prédilection.Pas étonnant que l’étude des phénomènes physiques relatifs à la planète m’ait toujours attiré. Mais comme c’était surtout les sciences de l’atmosphère qui m’intéressaient, j’ai opté pour la climatologie.

Bhawan Singh a toutefois dû s’expatrier pour poursuivre ses études. Après une maîtrise en géographie de l’Université du Manitoba, il est débarqué au Québec en 1973 pour y faire son doctorat à l’Université McGill. Puis, pendant un an, il a enseigné la climatologie à l’Université de Toronto.

L’ouverture d’un poste de climatologue à l’Université de Montréal l’a ramené en terre québécoise où il a dû s’acclimater à la langue française.

« Mes premières semaines ont été un peu difficiles à cause des problèmes de communication- avoue-t-il sans ambages. Six mois de cours de français intensif du soir lui ont rendu la tâche plus facile. À l’entendre raconter son périple dans un français impeccable, on croirait qu’il y a déjà plusieurs lunes que Bhawan Singh enseigne la climatologie en français. En fait, c’est depuis mai 1978.

Un mol pour un bien

À contre-courant de la plupart des études sur l’effet de serre, notre climatologue a mis en évidence des effets positifs du réchauffement de la planète.

Dans une étude réalisée pour Environnement Canada, nous avons estimé que l’agriculture au Québec bénéficierait du réchauffement planétaire. Selon nos calculs, dans le sud de la province, la saison de croissance s’allongerait permettant ainsi l’accommodation à de nouvelles cultures comme celles de la famille du maïs. Un climat plus chaud et plus humide favoriserait également la production de pommes et la présence de vignobles, l’n réchauffement climatique entraînerait aussi une hausse des précipitations concentrée dans le nord de la province, soit le territoire de la Baie James, avance le climatologue.

Qui dit plus de précipitations, dit plus d’eau captée dans les réservoirs. Bonne nouvelle donc pour Hydro-Québec ?

« Les premiers estimés projetaient une augmentation du potentiel d’hydro-électricité de l’ordre de 15%. En tenant compte des incertitudes et des marges d’erreur, on parle maintenant d’une hausse de 10%.

Chose certaine, le réchauffement climatique ne risque pas d’être négatif pour le potentiel de production hydro-électrique, constate Bhawan Singh.

Les conclusions de l’étude menée par le climatologue et son équipe d’étudiants gradués ne sont par contre pas aussi roses pour l’industrie forestière.

– Nous avons mis le focus sur la forêt boréale exploitée pour la production des pâtes et papier, explique le chercheur.

Un réchauffement climatique causerait un déplacement vers le nord des écosystèmes forestiers ; la superficie devenant de plus en plus petite, on serait aussi limité au niveau pédologique puisqu’en entrant dans le Bouclier canadien, les sols ne sont pas assez épais pour supporter les gros arbres. On projette donc une baisse de superficie de la forêt boréale, ce qui n’a rien de positif.

Pour le sud du Québec, secteur privilégié de l’étude, un hiver plus doux serait synonyme d’une baisse en besoins de chauffage de l’ordre de 20 à 30%, En été cependant, les besoins en climatisation se feraient grandissant, ce que certains ont d’ailleurs déjà expérimenté en juin dernier. À la même période, il y avait prolifération de feux de forêt ; faut-il y voir un lien de cause à effet ? Selon le professeur Singh, les feux de forêt pourraient être une conséquence du réchauffement de la planète puisque quand il fait plus chaud, il s’en suit une réaction en chaîne et les risques de provoquer un feu de forêt sont effectivement plus élevés.

Alerte à la tornade

Les manchettes des médias ont souvent affublé le phénomène de titres alarmistes tels « Réchauffement catastrophique de la planète » ou « Alerte mondiale au CO2 ». Selon Bhawan Singh, ces titres sont dus aux premiers résultats sortis il y a cinq ou six ans et qui, depuis, ont été réévalués à la baisse. Il n’en reste pas moins qu’il considère que le réchauffement de la planète va effectivement causer des problèmes à l’échelle du globe. Si dans un sens le Québec sera favorisé, il connaîtra lui aussi des retombées néfastes car des conditions plus chaudes et plus humides signifient plus de risques pour les tempêtes et tornades. En juin dernier, il y a d’ailleurs eu une alerte à la tornade ici, ce qui, dans le passé, a été très rare.

Pas de doute, la situation est assez cruciale pour que des mesures de redressements soient mises de l’avant afin de réduire le réchauffement de la planète. Si un réchauffement climatique se produit, il y aura beaucoup d’ajustements de températures, de précipitations et de susceptibilités à des désastres naturels, avertit le chercheur.

Ici, nous ne sommes pas tellement menacés mais d’autres pays le sont, par exemple, par la hausse du niveau de la mer. Ainsi en va-t-il de la Hollande, de Madagascar ou du Bengladesh.

Un des scénarios prévoit une augmentation du niveau de la mer d’un demi-mètre due à l’expansion de l’eau à cause de la hausse de température et de la fonte des glaciers de l’Arctique et de l’Antarctique. Même s’il croit en la réversibilité du réchauffement planétaire, Bhawan Singh est forcé d’admettre que cela ne pourra se faire dans un futur immédiat.

De la même façon qu’il y a un délai de répon.se de l’atmosphère face à une hausse de CO2 le même principe s’applique si on réduit le taux de concentration du CO2 et des autres gaz à effet de serre, précise le climatologue.

Revenons un peu sur terre. Pour réduire le taux d’émission des gaz carboniques, il faut changer les procédés industriels. Ceci implique des coûts qui sont difficilement justifiables surtout en temps de récession économique. Voilà pourquoi les politiciens gagnent du temps en disant qu’il faut attendre d’être sûr au niveau scientifique, commente le chercheur Singh. Ronald Reagan a fait de même au sujet des pluies acides. Quand il a finalement signé l’entente pour réduire les émissions de gaz, surtout les oxydes de .soufre et d’azote, il détenait déjà toutes les informations suffisantes depuis une bonne quinzaine d’années.

Si les élus tardent à agir, les électeurs n’ont pas à les imiter. Ce matin, raconte M. Singh, quand j’ai sorti mes vidanges, j’ai mis des contenants des boîtes pour recyclage. Si on commence à réduire sa consommation et à recycler la matière, la demande de fabrication industrielle va diminuer.

Ce faisant, les émissions de polluants vont aussi diminuer. Nous devons accepter le fait que nos ressources sont limitées et modifier nos habitudes si nous voulons laisser un héritage à nos enfants et aux autres générations, opine Bhawan Singh à l’instar de certains groupes écologistes avec qui il aime partager le fruit de ses recherches.

L’évapotranspiration

À l’Université de Montréal, de plus en plus d’étudiants s’intéressent à la climatologie, une hausse qui, contrairement à celle de la température terrestre, n’a rien d’alarmant. Du temps de ses études doctorales, le thème privilégié de Bhawan Singh était l’étude de l’évapotranspiration des eaux en milieu forestier. Avec la collaboration d’étudiants de 2e et 3e cycle, il poursuit toujours sa recherche à laquelle il a ajouté le secteur agricole.

Sous la gouverne du professeur Singh, l’équipe en est à développer un système automatique de monitorage pour surveiller le processus de l’évapotranspiration et permettre en même temps de mesurer les besoins en eau des différents types de cultures. Pour l’instant, les instruments sont posés dans de jeunes pommiers, arbustes nécessitent beaucoup d’eau. Le système détecte les input et output de l’eau dans la zone racinaire afin de prévoir quand il y a insuffisance d’eau. L’ordinateur signale alors une alerte. La prochaine étape consistera à relier le tout à un système d’arrosage automatique.

Bhawan Singh n’a jamais perdu contact avec ses propres racines. Ainsi, cette recherche amorcée il y a quatre ans s’est développée grâce à une subvention de l’ACDI accordée à un projet pour son pays, Trinidad et Tobago. Là-bas, explique-t-il, on a besoin de procédés experts pour installer des systèmes d’irrigation, j’y ai déjà formé des gens aptes à calculer le bilan d’eau et l’évapotranspiration à l’aide de techniques de pointe-, ajoute-t-il avec fierté.

Parmi les projets du professeur Singh, il y a aussi la rédaction d’un livre sur la climatologie dont un premier jet est déjà élaboré Projet dont le fil a été détourné par l’effet de serre au profit de l’étude pour Environnement Canada.

Bhawan Singh compte bien y revenir dès que le temps le permettra.

Les Diplômés, automne 1991

effet de serre

L’effet de serre pourrait être positif pour la culture des fruits et des céréales au Québec. Photo : © GrandQuebec.com

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