Les eaux du Québec

Archipels au Québec

Archipels au Québec

Archipels au Québec

Un groupe d’îles assez proches les unes des autres forme un archipel. L’étymologie du mot vient du grec byzantin archipelagos, de l’union de « archi » – principal et de « pélagos », la haute mer. Le sens moderne du mot s’étend aux eaux intérieures et non salées. Voici quelques-unes des archipels qu’on peut trouver au Québec :

Les îles Betchouanes

Cette appellation est un nom collectif attribué officiellement en 1979 par la Commission de toponymie à l’île à la Chasse et aux îles qui l’entourent dans l’archipel de Mingan, suivant en cela un usage assez répandu au sein de la population. Toutefois, lorsque l’île à la Chasse est désignée seule, elle porte le nom d’Île à la Chasse, même si elle fut explicitement connue sous celui de Betchouane.

Archipel d’Hochelaga

Montréal est au cœur d’un archipel. Toute personne qui doit régulièrement emprunter l’un de ses ponts en sait quelque chose. Son nom rappelle le nom d’un village iroquoien qu’a visité Jacques Cartier lors de son deuxième voyage au Canada, en 1535. C’est dans cette lignée que le frère Marie-Victorin, botaniste fondateur du Jardin botanique, l’a baptisé « un extraordinaire carrefour d’eau courantes ». Au total, l’archipel d’Hochelaga compte 234 îles. À prendre au moins une fois dans sa vie : le bac, mû par la seule force du courant, qui fait la navette entre l’île Bizard et l’île de Laval.

Îlets Boisés

Ces petits îles situées à 10 km au nord-est des Escoumins, sont éloignées de 400 m de la côte, bordées de rochers et couvertes d’arbres. Malgré leur petitesse, elles furent remarqueées et décrites par Jean Alfonse de Saintonge dans sa Cosmographie (1544). « Et entre les deux (Isle de Raquelay – île du Bic – et Isle de la Guerre – peut-être Île Verte), y a deux petites isles au long de la terre du Nord, plus prochaines de Raquelay que du Saguenay ». En 1603, Champlain les remarquera aussi : « Puis, allant à l’Esquemin, vous rencontrez deux petites îles basses et un petit rocher à terre… Environ à demi-lieue de L’Esquemin… ». Son calcul erroné de la distance les rapproche toutefois trop de la baie des Escoumins, car une demi-lieue équivaut à 2,4 km. Ce toponyme, qui se retrouve sur la carte d’Eugène Taché (1870), a porté comme variantes les noms suivants : Îlots Escoumains, Îlots Boisées et Îlets Penchés Or, les îlets Boisés ne doivent pas être confondus avec les îles Penchées situées à 4 km au nord-est des Escoumins, lesquelles îles ne son que des cayes, également identifiées sur la carte d’Eugène Taché (1870), mais trop à l’aval. L’incertitude entourant ces deux toponymes apparentés date probablement de la publication de sa carte.

Îles-de-la-Madeleine

Distante d’un peu plus de 200 km de la côte gaspésienne, l’archipel couvre 202 km et comprend huit municipalités. La plus peuple est Fatima et la plus industrielle, Cap-aux-Meules. Les principales activités économiques sont concentrées dans l’industrie de la pêche, dans l’exploration d’une mine de sel, ainsi que dans les activités reliées au tourisme. Jusqu’en 1895, les îles de la Madeleine étaient incluses dans le district électoral de Gaspé. Depuis lors, la circonscription électorale des Îles-de-la-Madeleine est restée séparée de la terre ferme.

Îles de Kamouraska

De 1674 à 1879, les îles de l’archipel de Kamouraska ont constitué le prolongement maritime de la seigneurie de Kamouraska. Cet ensemble d’îles et de rochers s’aligne en face du cap Taché, où subsiste l’ancien manoir seigneurial. Situées dans la zone d’estran, elles portent les noms de La Grande Île, Île aux Corneilles, Île Brûlée, Île de la Providence, Île aux Patins et Les Rochers. Pendant le Régime français, on les a utilisées pour la signalisation maritime et des installations de pêche s’y sont développées. Ce centre de pêche fort lucratif à poursuivi, au XIXe siècle, ses activités, décrites par Joseph Bouchette au début du XXe siècle. Fréquentées par des oiseaux migrateurs, surtout des canards et des outardes, les îles ont la réputation de lieux de chasse privilégiées, où le seigneur amenait autrefois ses invités. On y donnait de grandes fêtes champêtres dans la première moitié du XIXe siècle, alors que le manoir de Kamouraska était le lieu le plus fréquenté de la vie sociale du Bas-du-Fleuve. Plus tard, quelques lots insulaires sont concédés à des colons; à la suite de difficultés financières, le territoire de l’ancienne seigneurie est vendu en 1878 et les îles, en 1879. L’étude d’un document de 1721 révèle que l’île aux Rognons semble correspondre à l’île aux Corneilles. Le maréchal de Lévis employait dans un escrit de 1758 quatre des six noms actuels ; le premier, La Grande Île était pour lui La Grosse Île. Nicolas Bellin désignait l’ensemble de l’archipel sur sa carte de 1761, par l’appellation Islets de Morasca. Un plan de Joseph Hamel de 1826 localise les îles avec la même toponymie que le maréchal de Lévis et nomme plusieurs autres îlots. Lors d’une enquête toponymique en 1964, d’autres formes orales ou écrites ont été recueillies : Île du Guet, La Pouilleuse, La Caille, Île au Diable, Îlet à Saumon, Île de la Chaloupe de Roche; l’archipel était le plus souvent appelé Les Islets de Kamouraska. Une telle richesse de variantes reflète un fort degré d’appropriation territoriale de la part de la population.

Archipel des Koukoudjés

L’archipel des Koukoudjés est situé dans la partie sud-ouest du lac Mistassini, à environ 80 km au nord de Chibougamau, et s’étend sur plus de 10 km entre la baie d’Urban et l’île Manitounouc. Il comprend une douzaine d’îles dont la plus importante se nomme île Montpetit. Toponyme amérindien d’origine crie, Koukoudjés désigne des êtres fabuleux dans la mythologie mistassine. Il a été relevé par l’ethnobotaniste Jacques Rousseau en 1955. Ces îles font partie d’une réserve autochtone où les Cris pêchent la truite grise, le brochet et le doré, en même temps qu’ils pratiquent une chasse de substance, à l’orignal et au petit gibier, notamment.

Îles aux Loups Marins

Il s’agit d’un groupe d’îlots surgissant dans le milieu du fleuve Saint-Laurent, en face de Petite-Rivière-Saint-François, dans la région de Charlevoix. Les îles aux Loups Marins forment, en fait, un long banc, en aval de l’île aux Oies. Témoignant par leur nom de l’abondance des phoques dans cette partie du fleuve anciennement, elles constituent maintenant un bon territoire pour la chasse aux canards. À marée basse, elles forment une immense plage chère aux chasseurs, mais qui ne leur offre que deux petits refuges, surtout à marée haute. Un de ces refuges se nomme Butte Chatigny et est couvert d’un joli bosquet. L’autre n’est qu’une langue de sable sur laquelle les chasseurs ont jadis bâti des cabanes ; c’est pourquoi on l’appelle Refuge des Chasseurs. Ces îles ont reçu plusieurs noms au cours des ans : Seal Island, sur les cartes marines et Isle aux Cachets. De source orale, on les appelle Îles aux Loups Marins, le Grand Îlet, Île aux Phoques, Île à Pascal et la Batture aux Loups Marins.

Îles de Mai

Groupe d’îlots émergeant à proximité du littoral de la baie des Îles de Mai, échancrure de la côte nord du Saint-Laurent, entre Rivière-Pentecôte et Port-Cartier, dans la région de la Moyenne-Côte-Nord. Au début du XXe siècle, plusieurs tentatives d’exploitations forestières se sont révélées infructueuses sur ces îles formées presque entièrement de granit gris dénudé. Un phare de signalisation, d’abord installé sur l’une d’elles, sera délaissé au profit de celui de l’île du Grand Caouis, située plus à l’ouest. L’une de ces îles fut le théâtre de l’assassinat d’un certain Jean-Baptiste Ouellet à l’automne de 1867. Le meurtrier, Eugène Poitras, fut pendu au palais de justice de La Malbaie, le 20 septembre 1869. Le 5 novembre 1914, la goélette Jacqueline, propriété du capitaine Duchêne de Saint-Irénée, a fait naufrage aux îles de Mai. Tout l’équipage s’est noyé, à l’exception du capitaine. Le toponyme Îlets de May paraît sur une carte de la province de Québec de 1870. Son origine demeure obscure, cependant. On note plusieurs variantes pour dénommer ces îlots; de sources écrites, nous relevons Îles du Mai et Îlets du Mai et, de sources orales, on connaît Îlets du Petit Mai et Îlet du Petit Mât. On sait que le terme mai désignait un mât au sommet duquel était hissé un drapeau.

Îles Marquises

Les deux petites îles Marquises émergent de la rivière Mistassini qui, à cet endroit précis, sépare les secteurs de Dolbeau et de Mistassini de la ville de Dolbeau-Mistassini. En 1890, monseigneur Joseph-Calixte Marquis (1821-1904), alors responsable de la colonisation pour les districts du Saguenay et du Lac-Saint-Jean, effectue un quatrième séjour près de Dolbeau avec dom Antoine Auger, procureur du monastère d’Oka, il tente de persuader les Trappistes d’y établir une ferme modèle. Le 20 octobre 1890, monseigneur Marquis sollicite de monseigneur Elzéar-Alexandre Taschereau que des démarches soient entreprises pour faire venir cette communauté religieuse à cet endroit. C’est à cette époque, et pour marquer son intérêt pour l’endroit, que les îles, par un jeu de mois, prennent le nom de Marquises à partir du patronyme Marquis. Cette désignation n’est pas sans évoquer également l’exotique archipel de la Polynésie française. Après des études classiques et théologiques au Séminaire de Québec, l’abbé Marquis occupe d’abord, à partir de 1845, le poste de vicaire à Saint-Grégoire-le Grand, à Bécancour aujourd’hui. Il devient ensuite, en 1852, missionnaire, puis premier curé de Saint-Célestin jusqu’en 1877. Au cours de ces 25 ans de sacerdoce, il a établi douze paroisses dont celle de Saint-Victoire. En mission officielle à Rome de 1882 à 1885 en vue de l’érection du diocèse de Nicolet, il est nommé protonotaire apostolique. De retour dans la paroisse de Saint-Célestin, son lieu de retraite privilégié, monseigneur Marquis s’attache ardemment à la colonisation dans les régions des Cantons-de-l’Est plus du Lac-Saint-Jean.

Archipel de Ouapitagone

Cet archipel de la Basse-Côte-Nord comprend des groupes d’îles et de rochers reliés par une havre et un détroit, également désignés par le spécifique Ouapitagone. On y trouve notamment l’île principale, l’île de Ouapitagone, l’île du Lac, les îles de Ouapitagone du Large et les rochers au Cormoran. Le toponyme a connu une grande variété de formes. On retrouve celles de Ouapitougan sur une carte de Bellin de 1744 et de Wapitagun sur une carte de Bellin de 1744 et de Wapitagun sur une carte de l’hydrographe H.W. Bayfield de 1837. Plus tard apparaîtront entre autres celles de Wapeetougone, Wapitagone et Jupitagun. Ces différentes graphies seraient, selon d’aucuns, dérivées d’une forme montagnaise, Shushupitagon, qui signifierait pierre à aiguiser. D’autres prétendent que Ouapitagone serait plutôt le nom d’une espèce de canard rare, le cormoran à ailes blanches. On a enfin évoqué la possibilité d’interpréter le toponyme de la façon suivante : endroit tâché par les fientes blanches des cormorans. Ces îles sont constituées de haute rochers granitiques d’apparences diverses, dont l’un rappelle la forme d’un mortier ; les pêcheurs locaux l’ont surnommé The Gun, le canon. Elles sont depuis longtemps fréquentées en raison de l’abondance des loups marins en ces lieux. Il semble que ces îles soient aussi visitées par les caribous puisque les Montagnais de la région désignent les îles de Ouapitagone du Large sous l’appellation Matshatihk Kaiapit Ministukua, les îles du lieu ou le caribou laid, difforme s’est assis, où il se trouvait, où il rôdait. L’eau douce de l’île a, par ailleurs, souvent servi dans le passé à l’approvisionnement des navigateurs. Jacques Cartier signalait ces îles en 1535, il les nommait Ysles Sainct Germain.

Ïles du lac Saint-Pierre

Autre archipel important dans la région de Montréal qui constitue un élargissement du Saint-Laurent. D’origine deltaïque, partagées entre les îles de Berthier au nord et les îles de Sorel au sud, elles sont plus d’une centaine et comptent quelque 3000 résidents répartis dans deux douzaines de municipalités riveraines. La plupart ne sont accessible que par des embarcations ; toute l’année, un service de traversier assure la navette entre Sorel et l’île Saint-Ignace, la plus grande de tout l’archipel. La plus petite île habitée est l’île au joli nom de l’île d’Embarrass.

Archipel de Montmagny

L’archipel de Montmagny est dans le prolongement de l’île d’Orléans. Les oies blanches s’y arrêtent fidèlement au printemps et à l’automne, dans un ballet étourdissant. La Grosse Île, naguère, s’est appelée l’Île de la Quarantaine, car c’était là, au XIXe siècle, que les immigrants, surtout irlandais, étaient obligés de passer plusieurs semaines pour assurer les autorités qu’ils n’étaient pas vecteurs de maladies. Elle accueille aujourd’hui le lieu historique national du Canada de la Grosse-Île-et-le-Mémorial-des-Irlandais.

Les îles Pèlerins

En face de Saint-André-de-Kamouraska, les Pèlerins s’étendent sur quelque sept kilomètres. Les origines de ce nom sont incertaines. Es-ce parce que des faucons pèlerins le fréquentent ? Ou parce que, lors des chaleurs de l’été, cet archipel prend des formes évoquant des pèlerins couverts de cagoules? L’association sans but lucratif Duvertnor, qui s’en est portée acquéreuse en 1979, organise des excursions nautiques dans l’archipel. À l’entrée de la baie du même nom, elles ont pour noms l’île du Corossol, l’île Manowin, la Grande Basque, la Petite Basque, la Petite Boule et la Grosse Boule. Et les îlets De Quen, en l’honneur du Jésuite Jean de Quen, qui y a célébré une première messe en 1651… Les gens étaient pieux à l’époque.

Île Perry de l'archipel d'Hochelaga, vue depuis l'île Jésus. Photo de GrandQuebec.com.
L’Île Perry de l’archipel d’Hochelaga, vue depuis l’île Jésus. Photo de GrandQuebec.com.

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