Côte-Nord

Désastre de l’île d’Anticosti

Désastre de l’île d’Anticosti

Désastre écologique de l’île d’Anticosti

Ou comment le cerf de Virginie a anéanti l’ours noir

L'île d’Anticosti est la plus grande île du Québec et on la considère comme un paradis sauvage. Toutefois, l’écosystème de l'île d’Anticosti est loin d’être sain et sauf.

Les problèmes commencent en fait depuis la fin du XIXe siècle, quand le millionnaire français Henri Menier, un célèbre chocolatier, fait l’acquisition de l’île d’Anticosti et y introduit de nouvelles espèces animales afin de créer un vaste domaine de chasse. Certaines de ces espèces n’étant pas capables de s’adapter aux conditions de l’île, disparaissent. D’autres par contre se sont rapidement répandues et acceptent leur nouvel habitat avec beaucoup de plaisir.

Il s’agit avant tout du cerf de Virginie qui au cours des années a complètement occupé l’île au point de causer des dommages irréparables à son système écologique. C’est le cerf de Virginie qui est le grand responsable de la destruction des arbustes et des arbres, de la diminution des surfaces occupées par des sapinières et même de la disparition de l’ours noir de l’île d’Anticosti !

Cela paraît invraisemblable à première vue, pourtant c’est la réalité: le cerf de Virginie est un herbivore et il se nourrit exclusivement de plantes. Alors, selon les chercheurs de l’Université Laval, le cerf a affecté la végétation sur plus de 60% de la superficie total de l’île d’Anticosti. Dès qu’il a envahi l’île, la plupart des plantes ligneuses ont disparu.

De plus, ces charmants animaux sont très gourmets et ils mangent de préférence le sapin baumier, ainsi que les jeunes sapins qui ont pratiquement disparu, tandis que l’épinette blanche, qui n’attendait que ça, en profite et s’impose un peu partout sur l’île. Les sapins qui restent, ont de 50 à 70 ans, alors les sapinières risquent de disparaître vers le milieu du XXIe siècle. Des forêts d’épinettes blanches prendront leur place. La biodiversité de l’île d’Anticosti sera donc réduite considérablement.

En fait, l’effet est déjà visible. Les populations d’insectes, d’oiseaux et de mammifères qui vivent dans les jeunes sapinières ont déjà disparu ou presque. Toutefois, le célèbre pygargue à tête blanche par exemple, choisit peu le sapin comme support, il préfère les peupliers, les mélèzes, les pins blancs. Il utilise parfois les bouleaux, les sapins et les épinettes blanches. Aussi faut-il davantage imputer les diminutions de population de ce rapace à d'autres facteurs comme une perte de fertilité due à une intoxication au plomb, puisque les pygargues ingèrent des sauvagines.

Ce qui est encore pire, la disparition de certaines plantes et donc de certains insectes, mène à la disparition de plusieurs animaux herbivores, tels l’orignal, le lièvre d’Amérique, la souris sylvestre, etc.

La chaîne alimentaire est donc brisée et l’ours noir ne trouve plus sa nourriture préférée, soit de petits fruits et de jeunes pousses. Selon les travaux du Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec, publiés en 2004, le dernier ours noir a été aperçu sur l’île en 1998.

Le Docteur Steve D. Côté et Sonia de Bellefeuille, experts en Aménagement intégré des ressources et en impact des activités forestières sur la faune terrestre de la forêt boréale, écologie forestière et conservation de la biodiversité, de l'Université Laval, ont publié les résultats de leurs recherches, selon lesquelles, sur l'île d’Anticosti, la densité moyenne actuelle de petits fruits est insuffisante pour la nourriture de la population d’ours noirs.

Il est vrai que des moyens ont été mis en place pour renverser cette tendance. Par exemple, on érige des barrières autour des terrains les plus dévastés, on prend des mesures pour réajuster le règlement de la chasse contrôlée afin de réduire la population de cerfs (de 3 à 4 mille chasseurs viennent à l'île d’Anticosti chaque année chasser le cerf de Viriginie), on forme des enclos et on aide la nature à développer de nouvelles sapinières. L’enjeu est grand : sauver l’île d’Anticosti d’une catastrophe écologique sans éliminer la population de cerfs de Virginie.

cerfs virginie

Cerfs de Virginie. Photo : © Nicolas Trunov (attention, cette photo n'a pas été prise sur l'île d'Anticosti)

Voir aussi :

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>