Ville de Québec

Désastre national

Désastre national

Grand désastre national

Le pont de Québec qui devait être une des merveilles du monde, s’écroule au milieu d’un fracas épouvantable, et 90 ouvriers trouvent la mort au milieu de cette catastrophe

Au moment où la population de Québec se réjouissait de la prospérité générale de Québec et des brillantes perspectives qui sont à l’horizon, pour Québec en particulier, au moment où toute la population du Canada jetait un regard d’envie sur Québec, en face de toutes les riches perspectives qui appartiennent à la vieille capitale, un vulgaire, mais terrible accident, survenu le 29 août 1907, vient semer la terreur dans les esprits.

Une partie, soit la maîtresse partie des travaux de construction du pont de Québec, a été détruite en une seconde. La catastrophe a été aussi rapide que l’éclair. Cent braves ouvriers, peut-être davantage, étaient occupés à ces travaux au moment de l’accident. Cette armée d’ouvriers a été lancée dans l’éternité en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. C’est une calamité sans précédent dans l’histoire de la vieille capitale.

Le monument qui devait être un nouvel élément de vigueur commerciale pour Québec est au fond du Saint-Laurent. Cette nouvelle s’est répandue avec la rapidité d’une traînée de poudre par toute la ville, ainsi qu’à l’étranger. L’accident s’est produit un peu après cinq heures et demie. La structure en acier, du côté sud du fleuve, s’est écroulée avec fracas, au moment où une locomotive en charge de MM. Davis, ingénieur et McNaught, chauffeur, s’avançait sur la partie surplombant le pilier du large, désigné comme pilier à l’eau profonde.

Les immenses piliers en pierre n’ont pas bougé d’un pouce. Un des piliers de terre a été quelque peu endommagé par la chute de cette masse d’acier. Le pilier de terre est situé à quelque trois cents pieds du rivage, et le pilier d’ancrage est érigé trois cents pieds au large du premier. La structure en acier reposait solidement entre les deux piliers, et le tablier qui doit couvrir le milieu du fleuve entre les deux piliers à eau profonde, s’étendait à plus de cent pieds au large du pilier sud. Au-dessus de chacun de deux piliers s’élevait une tour en acier à laquelle étaient attachés des câbles qui étaient retenus au rivage par de forts pieux. Ce sont ces derniers qui ont cédé, causant la destruction des travaux évalués à plus de deux millions de piastres.

Le tablier en acier qui s’étendait au large du pilier central s’effondra au fonds du fleuve, ne laissant aucune trace de l’accident. Le tablier qui avait été couché entre les deux piliers, se brisa en deux, au milieu, les deux bouts tombant dans le fleuve et reposant sur les bouts de l’acier brisé et tordu, formant un V. L’autre partie du tablier, entre le pilier de terre et les assises en pierre adossées au rocher, fut également brisée et mise en pièce sur le rivage.

Au-dessus de deux piliers, des tours en acier avaient été érigées temporairement pour maintenir le tablier, c’est-à-dire le pont lui-même jusqu’au milieu. Le côté nord du pont est construit sur le même principe que sur le côté sud, mais les travaux sont beaucoup moins avancés du côté du Cap Rouge.

Les ouvriers qui étaient sur la partie du pont qui s’est effondré, étaient pour la plupart des experts venus des États-Unis. Tous étaient à l’emploi de la compagnie Phoenix Bridge, de Phoenix, État de Pennsylvanie.

Les contremaitres déclarent que le nombre des victimes se chiffre dans les quatre-vingts, car c’est le nombre qui n’a pas répondu à l’appel, hier soir, à six heures, lorsque les chronométreurs ont préparé leur rapport.

Lorsque la nouvelle de l’accident s’est répandu de par la ville

Un cri d’effroi

S’échappa de toutes les poitrines, car plusieurs centaines de Québécois sont employés aux travaux du pont, et comme l’on était à l’heure du retour de chacun du travail, que de femmes et d’enfants attendaient en sanglotant, sur le seuil de la porte, la rentrée du chef de famille. La plupart des ouvriers de Québec étaient hier employés du côté nord du pont, et ils ont été les témoins muets de la triste fin de leurs camarades. Toutefois, ils se sont attardés sur les lieux, et durant toute la soirée, des sanglots de désespoir ont retenti dans les quartiers ouvriers de la ville. Partout c’était un deuil complet.

pont de quebec

Ce qui reste après la catastrophe. Photo de l’époque, publiée en 1907

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