Ville de Québec

Troisième Centenaire

Troisième Centenaire

Célébrations du troisième centenaire de Québec

Nous reproduisons le texte publié dans le journal La Presse le 19 juillet 1908 et dédié la célébration du 300e anniversaire de la capitale du Québec.

La joie exubérante

Les grandes fêtes du Troisième Centenaire sont commencées. Cérémonies impressionnantes.

Arthur Buies écrivait il y a déjà assez longtemps: «La nature a fait de Québec un roc, ses habitants en ont fait un trou.»

Certes, si le malicieux confrère pouvait voir aujourd'hui Québec, son opinion quant au lieu se modifierait considérablement: du «Trou», on a fait d'abord un semblant de terre-plein et, grâce à l'initiative intelligente de quelques esprits d'avant-garde, on a aboli les ravages géographiques, corrigé les endroits trop tourmentés et après trois ans, Québec a refait son sol et n'a guère conservé de l'originale topographie que ses côtes.

Oh ça! les côtes ont gardé la brusquerie de leur angle et il n'y a que ça. Dans cette ville, on ne marche jamais, on gravit péniblement ou l'on se précipite. Côtes et raidillons, escaliers, ascenseurs, funiculaires, cette ville est comme située sur un toit. Bêtes et gens y semblent habitués, mais pour l'étranger, cela prend des proportions d'un cours d'entraînement pour la culture physique.

L'aspect de Québec, aujourd'hui, n'est même plus le Québec familier des époques routinières.

On se croirait transporté à quatre cents ans en arrière, dans les régions tourmentées que baigne la Loire. Les édifices que l'on voit partout comme accrochés aux flancs des falaises, perchés sur des promontoires, sont semblables aux formidables châteaux moyenâgeux, laissant paraître entre les dents des créneaux de leurs tourelles des gueules de canon.

Les remparts, où dorment dans leur éternel cauchemar, songeant au réveil possible, les vieux canons, allongent leurs murailles grises qui se confondent avec le roc du cap.

Les vieux muffles, cracheurs de mitraille, dont c'est un peu la fête, ont le nez braqué sur le nez farouche de leurs congénères qui reposent sur leurs affûts, dans le flanc des léviathans de la rade.

Peut-être que la nuit, les vieux invalides, de leur bouche mutilée, interrogent leurs plus jeunes camarades et pendant qu'ils se racontent leurs épopées, on entend monter dans le silence de la nuit une harmonie chantant «Dieu sauve le Roi», pendant que l'éclatante voix des cuivres, module un peu plus loin des vaisseaux anglais, une consolante «Marseillaise» pour bercer le long sommeil des fils de France qui dorment, oubliés, sur le promontoire des Plaines d'Abraham.

Du sommet de ces remparts, on voit, au bas de la falaise, la reconstitution de l'habitation de Québec, élevée par Champlain en 1608. Cela donne à l'endroit le charmant caractère vieillot que nous signalions. Une haute palissade de pieux de cèdres borde le petit fort qui fut le berceau de la Nouvelle-France.

Les rues de la basse-ville sont toutes encombrées d'arcs triomphaux où flottent les drapeaux de toutes les nations à profusion, et quelques drapeaux français, timidement fichés dans un motif secondaire de la décoration.

Dans la haute-ville, même décor, avec, en plus, l'énergique beauté des portes fortifiées, des murailles crénelées, les bastions crevés de mâchicoulis vides de couleuvrines ou autres armements.

Sur toutes les places, sur tout monticule, on voit de gros canons cuver la griserie éternelle des vieux combats, étalant malgré leur fraîche toilette les ulcères de la rouille, les blessures anciennes.

place quebec

Place Royale en hiver. Photo : © GrandQuebec

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