Bas-Saint-Laurent

L’îlot du Bicquet

L’îlot du Bicquet

L’Îlot du Bicquet

L’Île ou l'îlot du Bicquet est situé à environ un mille et demi de l’île du Bic. C’est une terre basse, rocailleuse et d’un aspect plutôt  triste.  Les  rochers émergent seulement à quelques pieds du niveau de l’eau aux plus hautes marées, ce qui rend l’endroit dangereux. Aussi l’îlot fut toujours redouté, des marins côtiers. On y déplore en effet de nombreux naufrages.

C’est pourquoi la « Maison de la Trinité » qui, jusqu’en 1867, alors que la remplaça la Commission du Havre de Québec, eut la direction de la navigation sur le fleuve, y fit-elle placer le phare actuel date de près de cent ans (Note de GrandQuébec : ce texte date de 1940).

La construction du phare, en effet, a dû commencer vers 1842. D’après la « list of lights and Fog Signals », le phare du Bicquet fut mis au service des navigateurs en 1844 et le premier gardien du phare fut Edouard Pope. On voit que l’année suivante, le gardien était J.-G. Hammond et son assistant, un nommé Mitchell. Le 2 mars 1859, en voulant se rendre à leur poste pour l’ouverture de la navigation, tous deux se noyèrent, leur chaloupe c’étant brisée brisée sur des banquises. Leur succéda mais temporairement Gilbert Lindsay, de l’Ile Verte.

Après quoi la Maison de la Trinité nomma à ce poste J.-Thomas Béchard qui avait pour assistant un nommé Fortier à qui il arriva une pénible aventure. Il avait été promu à la garde du phare pendant tout l’hiver. Après la tragique fin de Hammond et de Mitchell, la perspective n’était assurément pas bien rose pour Fortier de passer seul dans cette tour, sur cette île sinistre, tous les  mois de l’hiver. Tout de même, il consentit à remplir la tâche et il s’enferma dans la tour seul en compagnie d’un petit chien.

Rien  ne se produisit durant la première partie de l’hiver mais le malheureux Fortier était nerveux. Fut-ce l’effet de ses nerfs finalement surexcités, une nuit, il entendit dans les escaliers et à l’étage supérieur de la tour des bruits des chaînes, des grincements et des coups sourds comme donnés sur les murs de la tour. Il essaya de se raisonner, mais bernique! Et c’est avec terreur qu’il vit arriver la  nuit suivante. Cette nuit-là, autres bruits de chaînes, avec accompagnement, cette fois, de plaintes et de cris, enfin tout l’accompagnement infernal ordinaire des lieux les plus authentiquement hantés.

Alors le pauvre Fortier, au matin aussi mort que vif, ne songea rien moins que de déguerpir. Mais la glace était trop faible pour le porter et il lui fut impossible de gagner terre. Nouvelle nuit affreuse toute remplie des bruits infernaux des précédentes. Alors, Portier n’y tint plu et il résolut de gagner terre coûte que coûte. Heureusement le froid sévissait avec rigueur depuis la veille et il se trouva que la glace était assez forte pour le porter sans trop de danger jusqu’à la terre ferme.

Il partit suivi de son chien, ou plutôt l’animal lui servant de guide, a-t-il raconté dans la suite. Enfin, il arriva à Saint-Fabien où on le recueil lit à demi mort de froid et de peur. Bien entendu, il ne retourna jamais plus au Bicquet.

Le phare du Bicquet, en 1867, passa du contrôle de la Maison de la Trinité à celui du Département de la Marine à Ottawa. Ce phare est une tour d’une hauteur de 43  pieds, à lumière blanche tournant toutes les deux minutes. Du 10 avril au 13 septembre, on tirait du canon par temps de brume et de grosse chute de neige. En 1908, on remplaça le canon par une sirène.

Avant la construction du phare il y eut plusieurs naufrages dans les parages du Bicquet: mentionnons celui de la A Bark en 1841, celui du Ceylon en 1845, du City of Derry, en 1847 et d’une barge américaine chargée d’huile brute en 1865.

À propos, de ce dernier naufrage on raconte que la plus grande partie des barriques d’huile  furent sauvées et transportées sur la pointe du Vieux Bic. Mais là, les douves s’étant disjointes sous l’action du soleil, toute l’huile se répandit sur la terre qui profondément imprégnée. Plus tard, on en sentait encore les relents, ce qui faisait croire aux jeunes de l’endroit qu’il devait y avoir là un puits de pétrole.

Quant aux membres de l’équipage de cette barque américaine, M. l’abbé J.-D. Michaud, que nous avons eu le plaisir de souvent citer, rapporte qu’il y avait parmi eux des séides de John-Wilkes Booth qui assassina le président Lincoln, à Richmond, en 1865. À part l’huile de la barque on découvrit dans cette dernière nombre de riches uniformes d’officiers des troupes sudistes que le gouvernement canadien confisqua et fit vendre aux enchères publiques.

Et voilé toute l'histoire de l’île du Bicquet…

(Tirée du livre de Damase Potvin, Le Saint-Laurent et ses îles, 1945, Éditions Garneau, Québec).

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