DHC/ART

Tentative d’épuisement d’un lien pharisien

Tentative d’épuisement d’un lien pharisien

Tentative d’epuisement d’un lien pharisien 

Prenez soin de vous, SOPHIE CALLE, du 4 juillet au 19 octobre 2008

Prenez_soin_de_vous

Photo : Jean-Baptiste Mondino

La galerie DHC/ART présente, en juillet 2008, une exposition produite pour le Pavillon français de la Biennale de Venise 2007 Prenez soin de vous de Sophie Calle. Au cœur de cette exposition se trouve une lettre de rupture que l’artiste reçut d’un amant, dont la dernière phrase est “ Prenez soin de vous ”.

“ J’ai reçu un mail de rupture. Je n’ai pas su répondre. C’était comme s’il ne m’était pas destiné. Il se terminait par les mots : Prenez soin de vous. J’ai pris cette recommandation au pied de la lettre. J’ai demandé à 107 femmes, choisies pour leur métier, d’interpréter la lettre sous un angle professionnel. L’analyser, la commenter, la jouer, la danser, la chanter. La disséquer. L’épuiser. Comprendre pour moi. Répondre à ma place… ”

L’exposition se présente sous la forme d’une exploration narrative qui combine des textes, des photos et vidéos de 107 femmes de tous âges, interprétant la lettre de rupture selon leurs différentes professions. Ce projet est à la fois intimiste et accessible à tous dans la mesure où il concerne la relation que chacun peut entretenir avec son bien-aimé (le G… de Sophie devenant le X. de tous).

Ainsi, on retrouve l’interprétation de la lettre par des personnes aussi diverses qu’une voyante, une musicienne, une psychiatre, une joueuse d’échecs, une cruciverbiste, une exégète talmudique, etc. Dans les vidéos, on rencontrera des actrices, comme Jeanne Moreau et Aurore Clément, mais aussi une danseuse de Bharata (danse indienne), une clown, une traductrice en langue des signes…

de la vengeance

Sophie Calle demande aux autres femmes de répondre à sa place, opposant en quelque sorte 107 voix à la lettre unique de son bien-aimé. Plusieurs réponses sonnent comme des voix vengeresses, comme celles du juge, de l’avocate et de la joueuse d’échecs. Cette dernière exprime clairement l’idée de lutte : “ C’était aux noirs de jouer. La position finale n’était pas claire. ”

à la thérapie

Sophie Calle a dit dans la présentation de son exposition que sa démarche avait pour but de comprendre. Aussi trouve-t-on assez logiquement des spécialistes du langage comme une correctrice, une linguiste, une sémiologue, une philologue pour décortiquer les sens cachés de l’expression. Dans son livre Exquisite pain, l’artiste avait alors demandé à des amis ou des rencontres “ Quand avez-vous le plus souffert ? ” En comparant sa peine avec celle des autres, elle disait que la méthode avait été curative. On retrouve un peu de cette démarche dans le fait de partager sa peine avec 107 doubles.

Correctrice

Photo : Sophie Calle, Prenez soin de vous, 2007

en passant par la scarification

On pourrait également percevoir un désir de complaisance dans cette souffrance, à force de voir cette lettre écrite en braille, en sténo, en morse… Quoi d’autre, en effet, qu’un infini masochisme peut pousser quelqu’un à se faire dire, gloser, danser, mimer, singer plus de 100 fois un texte de rupture ? À moins que la durée de cet acte de rupture ne vise finalement qu’à maintenir le plus longtemps possible une sorte d’état de rupture qui reste malgré tout un dernier lien avec l’être aimé.

Sophie Calle

Entre exhibitionnisme

Elle a toujours inséré dans son travail artistique les moments les plus intimes de sa vie en utilisant tous les médias possibles (livres, photos, vidéos, films, etc.). Dans De l’obéissance, Sophie Calle mêle la réalité et la fiction en s’efforçant d’adopter certains traits du personnage de Maria. Paul Auster avait créé ce personnage dans son roman Léviathan en s’inspirant de certains éléments de la vie de Sophie Calle.

et voyeurisme

Dans Les Dormeurs, elle avait demandé à différents personnes de venir passer un certain nombre d’heures dans son lit afin que celui-ci soit occupé sans discontinuer huit jours durant. Elle prenait des clichés des dormeurs et notait les détails principaux de ces rencontres : sujets de discussion, positions des dormeurs, leurs mouvements. Comme un écho à la Tentative d’épuisement d’un lieu parisien de Georges Perec, l’exposition propose un inventaire vertigineux de la multitude d’analyses pouvant exister autour de ces quelques mots. L’espace de la galerie DHC se prête habilement au jeu offrant ses étages à l’instar d’une tour de Babel.

Chasseur_de_tetes

Photo : Sophie Calle, Prenez soin de vous, 2007

Où voir l’exposition ?

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Avec les oeuvres de Manon de Pauw  Fantasmagorie lumineuse

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