Abitibi-Témiscamingue

Abitibi-Témiscamingue : Un paysage façonné par la glace

Abitibi-Témiscamingue : Un paysage façonné par la glace

Abitibi-Témiscamingue : Un paysage façonné par la glace

Au cours des deux derniers millions d’années, l’Amérique du Nor a été, à quatre reprises, le théâtre de grandes glaciations qui ont profondément marqué ses paysages. Le dernier épisode glaciaire ayant affecté le territoire québécois aurait débuté il y a environ 100 mille ans et aurait atteint son maximum d’extension il y a quelque 20 000 ans. À son apogée, le glacier couvre tout le Québec et le nord des États-Unis jusqu’à la hauteur de New York sur la côte est américaine. Vers le centre, il empiète sur l’État du Wiskonsin d’où l’appellation de glaciation wisconsienne. Sous l’effet d’un réchauffement climatique, le retrait glaciaire s’effectue complètement en moins de 13 000 ans, à un rythme variable d’une région à l’autre, mais que les spécialistes estiment en moyenne à environ trente kilomètres par siècle.

Grâce aux travaux des spécialistes du Quaternaire, le scénario ayant présidé à la déglaciation de la région s’est grandement précisé depuis quelques années. Les études des quaternairistes indiquent que vers 1500 ans avant aujourd’hui, le front du glacier en retraite se situe juste au sud de la région de l’Abitibi-Témiscamingue, à l’aval du lac Témiscamingue, et que toute la région gît encore sous l’immense calotte glaciaire laurentidienne.

À cette époque toutefois, une ouverture orientée sud-ouest-nord-est commence à se former dans le front glaciaire. La glace au sud de cette incision bloque encore l’Outaouais à l’aval du lac Témiscaminque. Dans l’ouverture créée, les cours d’eau recevant les eaux de font du glacier viennent voir des tonnes de matériaux flubioglaciaires : sable, gravier, boue, roches de toutes tailles. C’est le début de l’édification des moraines du lac McConnell et d’Harricana et de la scission du glacier laurentidien en deux lobes distincts : le gralcier d’Hudson retraitant vers le nord-ouest et le glacier du Novueau-Québec vers le nord-est. Pour expliquer le phénomène, Jean Veillette parle d’une déglaciation de « type fermeture-éclair ». L’ouverture se fait du sud-ouest vers le nord-est et la position de la grande déchirure dans l’espace régional est aujourd’hui très bien marquée par la présence de l’un des plus grands complexes moraindiques d’Amérique du Nord. Il s’agit de la moraine interlobaire McConnell-Harricana que plusieurs connaissent sous le nom d’esker de Matagami. Du lac Témiscamingue à la baie James en passant par Belleterre, Val-d’Or et en longeant à peu de distance la rive est de la rivière Harricana, elle se poursiut sur 575 kilomètres en territoire québécois, sans compter la portion de son tracé qui se perd dans la baie James.

Pendant tout le temps que se poursuit le retrait glaciaire de part et d’autre de la moraine McConnell-Harricana, les rivières coulant dans ou sous le glacier évacuent les eaux de fonte, chargées de sédiments, vers le lac glaciaire. Elles président ainsi à la mise en place des grands eskers et autres dépôts fluvioglaciaires de l’Abitibi-Témiscamingue. Vers 8200 ans a J.-Ch, toute la région au sud du 50 Nord est libre de glace. Quelques siècles encore devront s’écouler avant que l’eau de fonte glaciaire ne soit drainée et qu’une recolonisation végétale puisse s’y produire.

En région, l’importance des formes d’accumulation glaciaire comme facteurs de développement régional est majeure. Ces dépôts, et plus particulièrement les grands eskers, bien répartis sur l’ensamble du territoire de l’Abitibi-Témiscamingue, constituent un héritage glaciaire tout à fait unique. En Abitibi-Est par exemple, l’esker de Villemontel aliment en eau de toute première qualité la ville d’Amos. Ce même esker soutient aussi la pisciculture de Saint-Mathieu qui, dit-on, est l’une des plus importantes du genre dans l’est du Canada. La grande moraine d’Harricana est, elle aussi, économiquement très importante. En plus de servir de base à la route menant d’Amos à Matagami sur une longue portion de son tracé, elle est la seule soruce d’eau potable de la ville de Val-d’Or. Son débit quotidien, que les spécialistes évaluent à quelque 54 millions de litres d’eau, en fait l’un des dépôts les plus importants du genre dans le monde. Les autres eskers régionaux sont aussi exploités de diverses façons. Lorsqu’ils contiennent des lacs de kettle (dépression fermée dans les sables de l’esker causée par la fonte tardive d’un culot de glace abandonné par le glacier en retraite), les villégiateurs ont vite fait d’y reconnaître la qualité exceptionnelle de l’eau, et rares sont les plans d’eau de ce genre qui ont échappé à leur convoitise. Le plus souvent toutefois, les sables des eskers et autres dépôts mis en place lors de la déglaciation ont servi de matériaux de construction pour l’industrie régionale. On y voit un peu partout de larges excavations qui brisent la beauté naturelle de ces formes, mais qui indiquent en même temps leur importance comme facteur de développement régional.

Si ces nombreuses formes d’accumulation glaciaire ont jusqu’à un certain point supporté et facilité la mise en place de nombreuses infrastructures régionales, entre autres les routes, les aéroports ou les aqueducs, ells n’ont toutefos pas été le principal facteur à la base de tous les efforts entreprise à partir du milieu du XIXe siècle pour coloniser et dvéelopper ce territoire. Une autre ressource, l’argile glaciolacustre, mise en place elle aussi au moment de la déglaciation finale de l’Abitibi-Témiscamingue, constituera un puissant facteur d’attraction pour des milliers de familles en quête d’espace et de travail.

Pierre vieille

Bloc erratique laissé par le glacier du Quaternaire. Photo de GrandQuebec.com

(Source : Histoire de l’Abitibi-Témiscamingue, sous la direction de Odette Vincent, Institut québécois de recherche sur la culture, les presses de l’Université Laval).

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *