Les petits chars de Québec

Vers la fin du XIXe siècle disparaissent des rues de Québec les petits chars qui ont précédé les chars électriques ou tramways, introduits dans cette ville en 1897. On donnait le nom de petits chars aux chars à chevaux qui ont desservi Québec pendant de longues années.

Les petits chars commencèrent à parcourir les rues de Québec en 1864, alors que la ville avait une population de 60 mille habitants. Un groupe de citoyens entreprend alors de doter Québec d’un service de chars urbains sur rails, tirés par des chevaux.

Au début, ce service public est établi dans le bas de la ville. Les chars partaient du marché Champlain et suivaient les rues Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-Joseph. Le point d’arrêt final, avec sa remise et ses écuries, se trouvait sur la rue d’Argenson. Un poste de relais où des chevaux frais étaient disponibles, y était aménagé.

Ces voitures publiques ne circulaient que sur une seule voie dans les deux directions. On trouvait des voies d’évitement à plusieurs endroits du parcours.

Le charretier conduisait son char à grand renfort de coups de fouet. Un contrôleur s’approchait du passager qui déposait dans la tirelire le prix du voyage, soit cinq cents.

Le service était plutôt lent. La manoeuvre des véhicules sur les voies d’évitement ralentissait les chars et, de plus, les passagers pouvaient monter ou descendre où ils voulaient, le conducteur devait donc arrêter son char à la demande.

L’hiver, il fallait remiser les voitures roulantes et les remplacer par des sleighs ou traîneaux sur patins.

Le confort de ces omnibus était relatif. Afin de protéger les voyageurs contre le froid, on mettait une bonne couche de paille dans le fond de la voiture. Ajoutons qu’on ne déblayait pas les rues couvertes de neige et de glace.

En attendant le dégel, le charretier se tenait bien emmitouflé sur son siège. Quant au contrôleur, il se tenait tant bien que mal sur le marche-pied en arrière du véhicule. Par grands froids, il trottinait de temps à autre derrière la voiture, histoire de se réchauffer.

Avec ces chars à chevaux, il n’était pas question de monter les côtes. Le cardinal Bégin, s’apitoyant quelque peu sur le sort des quadrupèdes, disait en souriant: «Ce n’est pas drôle d’être cheval à Québec».

C’est 10 ans plus tard, en 1874, que la Compagnie des chars urbains établit un service semblable sur les hauteurs de Québec. Le trajet suivait les rues du Fort, Buade, de la Fabrique et Saint-Jean jusqu’à la barrière de péage située au coin de la rue de Salaberry qui constituait alors la limite de la cité. À cet endroit se trouvaient la remise et les écuries pour le circuit d’en haut.

Cinq ans plus tard, en 1879, la Compagnie compléta son circuit en passant par l’avenue des Érables, la Grande-Allée et la rue Saint-Louis jusqu’à la Terrasse Dufferin.

Sur le parcours de la rue Saint-Jean, toutes les rues transversales sont en pente et, lors des gros orages, la pluie faisait descendre sur la voie la boue ce qui paralysait le trafic et occasionnait des déraillements.

Fait historique: lors du grand feu du faubourg Saint-Jean-Baptiste, en 1881, toutes les maisons de la rue Saint-Jean furent rasées. Ce fut un immense brasier dont la chaleur fit se tordre les rails des petits chars. Aussi le lendemain, tous les rails étaient soulevés de 2 à 3 pieds, serpentant le long de la rue Saint-Jean tels des serpents.

(D’après Albert Jobin, Histoire de Québec, 1948, p.346-347)

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